Lanterne des morts

Lanterne des Morts
 
Lanterne des Morts

Parmi les constructions les plus insolites et mystérieuses que nous a légué le passé, figurent en bonne place, les lanternes des morts.

Construites pour la plupart aux environs du XIIème siècle, presque exclusivement dans la région qui constitue aujourd’hui notre Centre-Ouest de la France, on en dénombre encore 33 sur 14 départements, du nord de la Sarthe, au sud de la Dordogne, de l’Allier à l’est à l’île d’Oléron à l’ouest.

Dans toute la France, on en compte à ce jour, plus d’une centaine d’exemplaires.

En Charente, 4 ont traversé les siècles, à Angoulême (au nord de l’église Saint André), à Brigueuil, Pranzac et bien sûr, Cellefrouin.

En l’état actuel des recherches, il n’est pas possible d’expliquer, sans contestation inévitable, ni leur origine, ni la relative brièveté de leur période de construction (4 siècles), ni le caractère restreint de leur aire géographique d’implantation. Les historiens s’accordent globalement à reconnaître qu’il ne s’agit pas de signaux destinés à guider le voyageur, un phare terrestre en quelque sorte, mais bien des monuments de foi chrétienne, dont la flamme atteste de l’immortalité de l’âme, et appelle les vivants à prier pour les défunts.

Etaient-elles allumées en permanence, seulement la nuit, au moment des décès, à l’occasion de cérémonies religieuses particulières ? Aucune réponse fiable à ces questions.

Leur approvisionnement en huile végétale moins coûteuse que le suif ou la cire, était assuré par les dons des fidèles.

Selon Viollet-le-Duc, architecte et écrivain du XIXe siècle, aux travaux pour beaucoup renommés, les lanternes des morts seraient issues de la tradition. Cette perpétuée et modifiée par le christianisme. A noter que l’on trouve un dessin de notre lanterne des morts de Cellefrouin dans son ouvrage « Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIème au XVIème siècle ».

Intéressons-nous maintenant à ce fleuron de l’architecture médiévale qu’est notre lanterne des morts, classée Monument Historique en 1886, qui avec notre église Saint Nicolas, constitue les pièces maîtresses de notre patrimoine historique et architectural local. Et quel patrimoine !

La lanterne des morts de Cellefrouin est considérée comme curieuse par nombre de spécialistes. Le contraste est en effet frappant entre sa silhouette massive de 8 colonnes et la modestie de ses couvertures. La porte minuscule exigeait l’emploi d’une poulie pour hisser et abaisser la lampe. Seul un enfant de petite taille pouvait assurer un rudimentaire entretien intérieur. On y voyait encore il y a peu, le crochet de fer qui retenait la corde destinée à la manœuvre.

Le faisceau de 8 colonnettes à chapiteaux, surmontées d’un clocheton conique à écailles, terminé par une croix, élève le monument à environ 12 mètres.

Quatre baies minuscules visent les points cardinaux, une cinquième à l’usage incertain, regarde le nord nord-est.

Le piédestal est composé de 5 marches constituées de pierres tombales récupérées dans le cimetière en 1828. Les travaux, nous dit une délibération du Conseil Municipal, auront coûté 60F à l’époque, à la commune, 10F de matériaux, chaux et graviers de rivière, et 50F pour la main d’œuvre.

D’après Pierre-Emile Béquet, enfant d’une famille de Cellefrouin, instituteur à Angoulême (La Boussatte), au début du XXe siècle, et historien local très averti, notre lanterne des morts aurait été édifiée sur l’emplacement d’une ancienne chapelle ou église, antérieure à notre église actuelle. Ce lieu de culte aurait fait partie d’un ermitage ou oratoire, alors appelé « cella ». L’espace foncier où il était implanté aurait été offert à des moines défricheurs, par le sieur Frouin, seigneur local, d’où l’origine de notre bourg.

N’oublions pas qu’à cette époque, la pratique religieuse chrétienne obligeait les nantis, ou possédants, à donner ou léguer une part de leur bien, pour l’expression du culte, sous toutes ses formes. Sinon gare à l’excommunication et à l’assurance du salut de l’âme !

Si l’on en croit toujours Béquet, et nous n’avons aucune raison de ne pas le croire, l’existence du cimetière que nous connaissons aujourd’hui, est bien antérieure à l’époque de la construction de notre église actuelle. Des tombes de l’époque mérovingienne (Ve – VIIe siècles), y ont été mises à jour, ainsi que des poteries, vers 1850.