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Les chants traditionnels de Charente Limousine
Présentation
Chantem nostre pais
Toutes les chansons enregistrées dans ce disque ont été recueillies auprès de personnes qui les tenaient de leur famille ou de leur voisinage. Elles sont toutes de tradition orale et nul n’en connaît les auteurs. Cependant, à diverses reprises, certaines ont été publiées (« Cœur de ma vie », « Le Turlututu », etc.). Nous avons privilégié celles qui, à notre connaissance sont restées inédites. C’est une richesse culturelle de la Charente Limousine que nous voulons préserver de l’oubli.
Avec la collaboration des Réjauvits de Chabanais et de la Gerbo Baudo de Confolens ; Avec la collaboration technique de Michel Valière, Ethnologue du Conseil Régional et de la D.R.A.C. Poitou-Charentes ;
Avec l’aide du Conseil Général de la Charente.
Eclat d'émeraude arraché Jadis à la verte province voisine, la Charente-Limousine garde parmi ses trésors de très vieilles chansons, qui moins voyantes que ses Châteaux, ses Eglises, et ses Sites Archéologiques n'en sont pas moins un élément important de son patrimoine. Sa langue, sa culture, son âme paysanne y révèlent leur richesse, leur naïveté et la joie de vivre.
En voici quelques unes, sauvées par miracle de l'oubli par Roger Pagnoux, Valentin Degorge et de nombreux autres passionnés.
Puisse un jour un futur Frédéric Mistral trouver dans son cœur l’inspiration de nouveaux chants d’amour et de tendresse et puiser dans ces précieux vestiges de quoi nourrir son esprit et son talent. Merci à Michel Valière, à tous ceux et à toutes celles qui ont participé à cette œuvre de sauvetage, à la DRAC, au Conseil Régional et au Conseil Général de la Charente par qui tout cela a été possible.
Bernard Enixon Mestre obra du félibrige
LEMOSINS CHANTEM NÒSTRE PAIS
La partie occitane de la Charente est typiquement limousine par son terroir et son économie, par son histoire, sa langue et sa culture. Une identité culturelle qui s’est forgée des troubadours à nos jours, particulièrement gravée dans la musique, sous son double aspect : danses et chants.
Depuis la grande époque des troubadours, le limousin a été un centre de créations musicales. Mais ils ne savaient ni lire, ni écrire la musique ceux qui, dans nos campagnes, chantaient ou faisaient chanter des instruments. Il s’agit donc d’une tradition orale qui n’a laissé aucune trace, ni des auteurs inconnus, ni de ceux qui ont transmis leur œuvre de bouches à oreilles au cours des siècles. Comme le temps patine les vieilles pierres et les embellit plus qu’il ne les dégrade, ces chants ont souvent évolué au cours de leurs multiples transmissions orales. Les mêmes thèmes, recueillis dans deux Communes voisines, présentent souvent des variantes qui sont à nos yeux des gages d’ancienneté et d’authenticité.
Jusqu’à la première moitié du XXème siècle, la tradition s’est à peu près maintenue. Elle constituait alors le riche patrimoine musical de notre Charente-Limousine. On ne savait pas, jadis, mettre la musique en conserve et si on voulait en entendre il fallait se la faire. D’où les nombreuses personnes qui chantaient ou jouaient d’un instrument. On n’avait que ces moyens pour égayer des fêtes, des réunions de famille ou pour meubler les grandes veillées d’hiver.
Dans chaque village, on trouvait un nombre étonnant d’hommes surtout qui mettaient en œuvre, avec plus ou moins de virtuosité, les instruments traditionnels (vielles, chabrettes, clarinettes, violons, accordéons diatoniques). Ils jouaient « de routine » : c’était des ménétriers. Mais les femmes prenaient leur revanche dans le domaine des chants et certaines familles avaient, de mères en filles, des renommées de riches répertoires.
Prenons comme exemple un village que nous connaissons bien : La Chaise de Brillac. Sur une quinzaine de feux, il y avait, avant la guerre 1914-1918, cinq ménétriers qui animaient toutes les fêtes du village et faisaient danser la jeunesse. Après l’armistice, il n’en restait plus que trois, une clarinette, un violon et un accordéon diatonique. A tel point qu’en l’absence de ménétrier on dansait au Tra la la, à savoir à la voix scandée des pieds et des mains.
De nos jours, il n’y en a plus ... Après la guerre 1939-1945, l’explosion rapide des moyens audiovisuels (nous allions dire odieux visuels) a tué la tradition orale, tant instrumentale que vocale. A quoi bon se fatiguer à se faire de la musique alors que transistors, chaînes stéréo et autres lecteurs lasers nous en livrent en quantité invraisemblable. Et s’il n’y a plus aujourd’hui, dans notre village, de ménétriers et de chanteurs, il y a, dans chaque maison, des appareils qui délivrent de la musique et des chants en conserve. Les rares jeunes qui sont encore au village se promènent, écouteurs aux oreilles, en consommant une musique « fast-food » à la mode américaine. Ce ne sont plus les vieux chants des montagnes limousines qui résonnent dans nos villages, mais les accents des montagnes rocheuses.
Et nous avons, un peu tard, hélas, réalisé cette débâcle quand il y avait déjà d’irréparables dégâts. Nous nous sommes attachés à recueillir auprès des derniers témoins du passé ce qui restait de la tradition orale. Au cours des années 60 et suivantes, nous avons, comme beaucoup d’autres, organisé des veillées pour recueillir des chants. D’un bout à l’autre de la Charente-Limousine, nous avons pu ainsi sauver de l’oubli plus d’une centaine de chants traditionnels. Mais combien se sont perdus ? Ils n’étaient gravés que dans les mémoires et ceux qui les détenaient les ont emportés avec eux dans la tombe.
Nous savons bien que les plus riches discothèques sont dans les cimetières de notre Charente-Limousine.
Ci-gît la plus grande partie de notre richesse culturelle musicale et nul archéologue ne les pourra jamais exhumer.
Parmi toutes les chansons traditionnelles recueillies en Charente-Limousine, il nous a fallu faire un tri. Nous avons choisi, pour la présente cassette, le thème du mariage et tout ce qui s’y rapporte. Nous avons sélectionné celles qui, à notre connaissance n'étaient pas publiées au moment où elles nous ont été transmises.
On trouvera dans notre choix de nombreuses complaintes de « mal mariées ». C’est que les filles ne se mariaient pas toujours selon leur gré. Elles étaient mariées jeunes car, disaient les anciens, dans une maison les filles ne sont pas « de garde » et le dicton est révélateur qui affirme :
Très chastanhas dins la mesm’espelon Qu’es be la bon’annada Très filhas dins la mesma maijon Qu’es ’na maijon roinada
c’est-à-dire, en bon français : Trois châtaignes dans la même bogue C’est bien la bonne année Trois filles dans la même maison C’est une maison ruinée
C’est pourquoi, jadis, lorsqu’un homme se promenait les mains derrière le dos, comme un désœuvré, content de son sort, on disait souvent en se moquant : « tu as marié toutes tes filles ».
Pour chaque morceau, le présent fascicule comporte : - sur la page de gauche, la partition musicale avec variante s’il y a lieu, indiquant en tête le nom du chanteur qui interprète et celui de la personne qui nous a transmis le texte en limousin. Nous nous sommes bien gardés de modifier ce qui nous avait été transmis. Que les puristes de langue d’oc ne s’offusquent donc pas des imperfections dues aux limites linguistiques.
- sur la page de droite, la traduction du texte en français, suivie des remarques que nous inspire chaque morceau. D’abord, les origines géographiques et humaines, ainsi que la date de son recueil. Pour certaines, d’ailleurs, il n’y a pas lieu de le préciser, car elles ont bercé notre jeunesse et nous les avons nous-mêmes en mémoire.
Nous avons pu ainsi mettre à la disposition de tous une petite partie de la tradition musicale de notre région. Notre travail serait resté vain si nous n’avions pas eu l’aide du Conseil Général de la Charente et de L'A.D.D.M.16.
Monsieur VALIERE, ethnologue de la D.R.A.C. Poitou-Charentes, nous a assuré la réalisation technique en enregistrant les chants « a capella », comme le veut la réalité limousine du passé.
La Maintenance félibréenne du Limousin exprime sa profonde reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à cette réalisation. Le maintien de notre identité culturelle est notre évangile et cette publication y contribue grandement. Puisse-t-elle avoir des suites.
Roger PAGNOUX (Mestre d’obra du félibrige) et Valentin DEGORGE (Vice-Syndic de la Maintenance du Limousin, Mestre d’obra du félibrige)
La Chanson LO PLANH
1 Escotatz-me chantar 0 ma doça Janeta Chantar sur la montanha Quand iò sai luenh de vos Que lo lassar me ganha E que sai maluros. (bis)
2 Quand sona l’angélus Que ven la retirada Escotatz la pregera Que davala d’amont Per delai la ribiera Per delai los valoms. (bis)
3 Escotatz ma chanson D’amor e de tendressa Aiatz pietat, crudela, De vòstre ancian galant Que pura, vos espera Que languis e se planh. (bis)
4 Sovenetz-vos d’antan Lo sern à la velhada De vos iò m’apresmava Vos cherchava la man E quand iò vos quitava Me disiatz : « à deman ». (bis) | 1 Ecoutez-moi chanter O ma douce Jeannette Chanter sur la montagne Quand je suis loin de vous Sue la nostalgie me gagne Et que je suis malheureux. (bis)
2 Quand sonne l’angélus Gué vient la retraite Ecoutez la prière Qui descend de là-haut Par delà la rivière Par delà les vallons. (bis)
3 Ecoutez ma chanson D’amour et de tendresse Ayez pitié, cruelle De votre ancien galant Qui pleure, vous espère Qui languit et se plaint. (bis)
4 Souvenez-vous d’antan Le soir, à la veillée De vous je m’approchais Vous cherchais la main Et quand je vous quittais Me disiez : « A demain ». (bis) | Lo Planh dit de Gaucelm Faidit. Chanté par Bernard Enixon.Transmis par M. Troutaud de Saint Junien.C’est une complainte. Il est très difficile de s’imaginer que cela nous vienne de ce Troubadour, né en 1126 à Uzerche. De nos jours, il existe une chanson, avec le même air, intitulée « Rossignolet des Bois » et, dans les œuvres du troubadour, il existe un poème intitulé « Rossignolet Sauvage ». Est-ce une preuve suffisante pourqu’il en soit l’auteur ?
Pour écouter la chanson cliquez ici
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